Chateau Histoire

LE CHATEAU

Bouille ChateauL’ETUDE que nous entreprenons sur Bouillé sera singulièrement facilitée par les recherches déjà faite par les savants auteurs de Poitou et Vendée et par des notes manuscrites, recueillies par MM. Lalubie, Abel Pervinquiere et Dugast-Matifeux. Bouille ne pouvait échapper aux investigations historiques que notre siècle poursuit de toutes parts avec autant d’avidité que de succès. Sa position, son historié, l’intérêt qui s’attache a quelques-uns de ses seigneurs, tout assurait a ce château une place choisie et une étude particulière dans la galerie des lieux celebres du Bas-Poitou.

Bouillé, Bullicum; Bolliacum, Boliec, Bolhiec, Boulie’, est un petit bourg aujourd’hui bien modeste, situe entre Niort et Fontenay-le-Comte, et a deux kilomètres d’Oulmes, sur les bords plantureux de l’Autise. Bouille etait autre­fois de l’archiprêtre d’Ardin et fait actuellement partie du doyenne de Maillezais. Un peu au-dessous du bourg, l’Autise se jetait autrefois dans le golfe des Pictons.

Les ruines gallo-romaines trouvées dans un tènement appelle le Champ de la Croix autour du prieure de Saint Quentin, dont la chapelle sert d’église paroissiales ???? remonter ?? origine aux temps les plus rucules.

Dans les premières armées du xviii siècle. en démolissant le vieux château de Bouille, on découvrit en effet dans ce fondations, un dépôt de haches celtiques et deux lame- d’epees en bronze

La seigneurie de Bouille existait vers le x siècle comme autorise a le supposer la découverte de monnaies chateau de Bouillepoitevines de la fin du xi siècle. Ce dépôt fut déterre prés des ruines de la chapelle, déruite en 1850, Cette seigneurie ?? forma d’un démembrement de la terre de Benet. dont elle relevait, au devoir de 100 sols de rachat a chaque muta-ion de seigneur.

Les sires de Bouille avaient droit de justice haute. moyenne et basse sur leurs sujets, qui, a leur tour, pouvaient ?ire appel devant la Prévôté de Niort, dont le château recevait 1’hommage de Benet.

Ce droit de justice fut le sujet de longues contestations entre Maurice de Lenay, seigneur de Bouille, et Jean de Lenay, apanagiste et comte de Poitou. Le procès se termina en 1404. par une sentence favorable aux prétentions du seigneur de Bouillé.

Du vivant de Jacques du Fouilloux, le château de Bouille se composait d’une grosse tour et d’un corps de logis bati a ses pieds: un fosse profond, des murs crénelées et un pont-levis le protégeaient contre un coup de main, jusqu’au sa démolition, vers la fin du xvii siècle, la grosse tour porta le nom de tour du Fouilloux, ce qui autorise a penser qu’elle fut construite par Antoine ou Jacques du Fouilloux. Les bâtiments de service étaient comme aujourd’hui ?? dehors de l’enceinte, et la chapelle occupait l’emplacement ou se trouve aujourd’hui un petit kiosque dans le jardin.

ChateauLe château actuel est de construction moderne. II est bâti sur un îlot naturel, réuni a la terra ferme par une haussée. La date de 1704, gravée a la clef de voûte de l’arc qui supporte 1’escalier, précise 1’époque de la reconstruction par Henry d’Appelvoisin, grand chasseur, homme de plaisir et de moeurs violentes. Les armes accolées a elles de Marie Arrivé, qu’il avait épousée, le 27 mars 1691, se devinent encore, malgré les mutilations des hommes et les injures du temps, entre les grilles des deux lions de pierre places sur les pilastres de l’entrée.

Le château de Bouille se compose aujourd’hui d’un gros pavi1lon flanque, de deux-tours carrées. Deux ailes en fer a cheval entourent une cour, fermée par une belle grille en fer forge.

Cette construction n’offre rien de bien remarquable, si l’on en excepte la charpente, qui affecte la forme de la arène d’un vaisseau renverse. L’architecte a du s’inspirer de ce qu’il avait vu au Louvre, dont les toitures pressentent le même aspect. L’escalier massif, mais très doux, occupe a lui seul la moitie du pavillon central, et se distingue par la coupe oblique de ses puissantes assises.

Sur le fronton de la porte d’entrée, nous avons remarque le buste en pierre d’un personnage dont le costume et surtout la chevelure revalent la mode qui domina dans les dernières années du règne de Louis XV.

Le château de Bouille’ était entoure de douves, aujourd’hui a demi-comblées, et sur lesquelles enjambait un pont-levis place entre les deux pilastres de l’entrée. L’eau de ces douves est d’une merveilleuse transparence, comme nous ?? dirons en parlant do la fontaine. Sur le terre-plein que précède la tour d’entrée s’enlèvent des arbres gigantesques dont la luxuriante végétation atteste la fertilité du Marais vendéen.

LES SEIGNEURS

On possède la liste complète des seigneurs de Bouille, depuis le temps de saint Louis. Peu de fiefs, même plus importants, pourraient offrir une nomenclature aussi longue. Au milieu du xiii siècle, Bouille appartenait a la famille de Jaunay. Le premier seigneur de ce nom, ?? nous trouvions mentionne, est :

I. ETIENNE DE JAUNAY, marié en 1266 a Peronnelle de la Brosse, fille de Pierre III de la Brosse, seigneur de Laneais et de Philippe de Saint-Venant, Étienne assista a la croisade de saint Louis; son fils fut;

II. PIERRE DE JAUNAY, dit le Vieux, chevalier, seigneur de Jaunay et de Bouille. Il avait épouse Marguerite Levoyer, ont Pierre, qui suit, et Charles, seigneur d’Aizances et de la Touche, époux de Jehanne d’Argenton.

III. PIERRE DE JAUNAY, dit 1e Jeune, chevalier. Il épousa Alienor de Vivone, fille de Guillaume de Vivone et de Catherine Chastaigner. De ce manage naquirent Jehanne, qui suit, et Françoise.

IV. JEHANNE DE JAUNAY épousa Maurice de Lenay, chevalier, mort en 1391. Elle mourut elle-même en 1402, ??ssant pour héritiere Jehanne, qui suit, et Simonne, femme de Renaud de Montjean, chevalier, tue a Azincourt.

V. JEHANNE DE LENAY, qui fut mariée en 1399 a Jehan Odard, chevalier et capitaine du château de Chamagne, mort en 1437, ne laissant qu’une fille, car un fils qu’il avait eu était mort avant lui. La destinée de la seigneurie de Bouille semblait etre de changer, a chaque génération, le nom de son propriétaire pendant 150 ans cette seigneurie tomba, comme on disait, en quenouille.

VI. CATHERINE ODARD fut mariée en premières noces a Jehan de Carruit. Devenue veuve, elle épousa, vers 1452, Arthus Bonnet, fils de Jehan, seigneur de la Chapelle-Bertrand et de Marie de Vivone. Ils moururent, l’un en 1477, et l’autre en 1480, laissant une seule fille,

VII. JEHANNNE BONNET, mariée en 1463 a Joachim Sanglier, chevalier, seigneur de Bois-Rogues et du Doismon. Elle mourut en 1482. De son manage naquit encore un fille,

VIII. RENNE OU REGINE SANGLIER, qui, par contrat de 1492, porta la terre de Bouille a Mathurin Taveau,chevalier, Baron de Morthemer, d’une des plus illustres familles du Haut-Poitou. De leur mariage naquirent cinq enfants, Rene, ??scendant des trois branches qui représentent encore aujourd’hui la famille Taveau, Pierre, Sebastienne, Jehanne et

IX. GUERINE TAVEAU. a qui échut la seigneurie de Bouille. Elle épousa, en i5i5, Antoine du Fouilloux, chevalier, seigneur du Fouilloux et de Chillou, deux bourgs voisins de Parthenay. Elle eut deux enfants : 1: Jehanne, ni épousa Hardy Cathus, seigneur des Granges-Cathus, paroisse de Saint-Hilaire de Talmont, et le célèbre

X. JACQUES DU FOUILLOUX, le plus connu des seigneurs de Bouille. II couta la vie a sa mère qui mourut en couches, 3 mars 1521, Nous consacrerons un article spécial a cette figure originale et si français.

Dans le partage de ses biens entre ses deux enfants. le mari de Guerine Taveau assigna Bouille a Jacques, qui posséda cette seigneurie jusqu’au 19 octobre 1579.. A cette époque, il la vendit a sa nièce, Marie Cathus, veuve du ??imeux Jehan de la Haye , lieutenant-général du Poitou et alors femme de Gabriel de la Rys. Jacques du Fouilloux en était réserve l’usufruit jusqu’à sa mort, qui arriva le 5 août 1580.

XI. MARIE CATHUS avec qui recommence la série des dames de Bouille, prit possession de sa terre le 23 mars 1580 et mourut en 1597, laissant de son mariage avec Jehan de la Haye :

XII. URBAINES DE LA HAYE, qui fut mariée avec Pierre de l’Aunay. chevalier de l’ordre du Roy. Il eut de longs démêles avec Theodore Agrippa d’Aubigne, gouverneur de Maillezais. Celui-ci ayant fait saisir le château du Bouille, il fallut l’intervention du gouverneur du Poitou pour faire remettre la place. Après la mort d’Urbaine de la Haye, Bouille passa a sa fille.

XIII. FRANCOISE DE L.’AUNAY, qui épousa, le 2 Janvier 1632, Vincent Bouhier, seigneur de la Roche-Guillaume, gouverneur du château de Vouvent. Françoise finit ses jours en 1690, laissant deux filles, Placidiane et

XIV. MARIE-URBAINE DE L’AUNAY, . qui porta en dot la terre de Bouille a Jacques d’Appelvoisin, seigneur de la Bodinatere et de Saint-Hilaire-de-Voust. De ce mariage naquit :

XV. HENRY D’APPELVOISON, chevalier, marquis d’Appelvoisin, qui épousa, le 27 mars 1691, Marie Arrivé, fille de François Arrivé, sieur du Sableau et lieutenant-général au siège de Fontenay-le-Comte. Henry d’Appelvoisin était un grand chasseur et se fit une triste célébrité par ses violences et ses rapines. Son château, place entre Niort et Fon-tenay, et sur le chemin que devraient suivre les marchands allant de l’une a l’autre ville, devint, si l’on en croit la tradition, comme un repaire, d’où il répandait la. terreur dans tout le pays. Il eut un fils,

XVI. JACQUES D’APPELVOISON. ne en 1691, et qui n’hérita pas des mauvaises qualités de son père. II épousa Suzanne de Crussol, dont il eut deux filles; l’ainée se fit carmélite et la .seconde,

XVII. LOUISE-SUZANNE D’APPELVOISON, épousa Louis-Gabriel de Lespinay, chevalier, seigneur de Beaumont, dont:

XVIII. MARIE-LOUISE-HENRIETTE DE LESPINAY DE BEUMONT, qui épousa son cousin François-Armand de Lespinay. Elle mourut le 6 septembre 1833 et son mari le 8 mars 1846. age de plus de quatre-vingt-onze ans. M. de Lespinay avait émigre au commencement de la Révolution. Peu de temps après, Bouille avait été confisque et vendu nationalement an district de Fontenay.

C’est aujourd’hui l’habitation de Mme Bastard.

JACQUES DU FOUILLOUX

Jacques du FouillouxMALGRE l’extrême licence de ses moeurs, Jacques du Fouilloux est le plus illustre et le plus sympathiquedes seigneurs de Bouille.

Nous emprunterons a M. Pressac, dans la biographie dont il a fait précéder son édition de la Vénerie , les principaux traits de la vie du célébré veneur.

Les recherches de ce savant auteur, celles plus récentes de Benjamin Fillon, n’ont pu jusqu’à présent établir le lieu de sa naissance. Guerine Taveau, sa mère, mourut en lui donnant le jour et fut enterrée dans l’église de Bouille, comme le prouve l’incontestable la donation de quinze livres de rente, faite a cette église par son mari, Antoine du Fouilloux, le 16 mai 1521. Mais on ne saurait rigoureusement conclure. dit M. Pressac, de la sépulture de cette dame, a Bouille au lieu de son décès. Rien ne s’oppose en effet a ce que l’on admette que Guerine ait manifeste le désir de reposer auprès de ses ancêtres maternels, qui, sans doute, avaient leur sépulture dans l’eglise de Bouille. a titre de fondateurs. Alors (et nous inclinons a admettre cette opinion. Jacques du Fouilloux aurait reçu le jour au château de ses pères, a Saint-Martin-du-Fouilloux. canton de Menigoute, a quelques lieues de Parthcnay.

Il naquit le 31 mars 1520.. II n’avait encore que huit ans quand il perdit son père. A la suite de ce douloureux

??enement qui le rendait tout a fait orphelin, une assemblée de ses plus proches parente se tint a Parthenay (31 mars 1528).. Deux de ses oncles. Rene de La Rochefoucauld et Jean de Viron, prêtre, prieur de Mazeuil et de Craaon, furent institues ses tuteurs. Le premier eut l’administration de ses biens maternel, le second celle des biens que lui avait laisses son père. Rene de La Rochefoucauld mourut avant la reddition des comptes de tutelle, qui furent règles par Marguerite de Liniers, sa veuve.

Jacques du Fouilloux passa ses premières années au prieure de Mazeuil, ou Jean de Viron, son oncle, faisait sa résidence, Ce digne piètre s’appliqua a développer l’intelligence si vive de son pupille; mais, pour des raisons que nous ne connaissons pas, par la mort peut-être de son oncle, Jacques vint, a l’age de seize ans, an château de Liniers, paroisse de Moustiers-sous-Argenton. C’était la résidence de la veuve de Rene de La Rochefoucauld, alors remariée avec Eustache de Moussy, seigneur de Boismorand. Notre héros passa environ trois ans dans cette nouvelle résidence, partageant son temps entre l’étude et la chasse, qui devenait déjà sa passion favorite et qu’il avait d’ailleurs la facilite de satisfaire dans la foret du Parc-Chalon, sise entre Thouars et Argenton-Chateau.

Ce nouveau séjour ne fut pas longtemps du goût de notre spirituel veneur, qui, atteignant sa dix-huitième année, aspirait a une liberté plus entière.

Un matin donc, il partit du château de Liniers ,«n’oubliant rien, sinon a dire adieu » , suivi de Tire-Fort, son ??mier fidèle; il s’achemina vers sa chére Gâtine. vers le Fouilloux, son berceau. II raconte lui-même les Épisodes de cette première escapade, épisodes on se confondent les deux passions qui se partageront sa vie : la chasse et l’amour.

Une fois installe a Saint-.Martin-du-Fouilloux. le nouveau châtelain se livra sans retenue a tous les élans de sa nature ardente. II semblait n’avoir jamais assez de temps a consacrer a l’étude et a la pratique de la chasse, mais il ??n trouvait encore trop pour s’adonner a d’autres plaisirs beaucoup moins innocents.

Son manage avec Jeanne Berthelot, qui eut lieu dans les premiers jours de septembre 1554, n’arreta ni son ardeur pour la chasse, ni les débordements de sa conduite privée. Jeanne Berthelot était fille de Rene Berthelot, lieutenant-criminel et juge a Poitiers. Accoutumée a la rigidité des moeurs parlementaires, dit B. Fillon, elle ne put se faire aux allures dissipées de son mari. Cette incompatibilité d’humeur amena de fréquentes querelles et finalement la séparation. Jeanne Berthelot mourut, vers la fin du mois de septembre 1569, aux Roches-de-Vendeuvre. Michel Leriche, enregistrant ce décès, n’oublie pas de dire qu’elle était depuis longtemps séparée de son mari.

Peu de temps après, un coup plus cruel atteignait Jacques du Fouilloux. Son fils unique, le seul enfant légitime qu’il eut eu de son mariage avec Jeanne Berthelot, mourut a peine age de dix-huit ans; il était page de M. du Lude. Loin de profiter des graves avertissements que lui donnait la Providence, notre sceptique veneur se consola de ce double deuil par des liaisons nouvelles, tantot a Saint-Martin, tantôt a Bouille. La fille d’un marchand de cet endroit, nomme Jehanne Limouzin, captiva assez longtemps son coeur volage et le rendit père de sept enfants, quatre garçons et trois filles. C’est par cette descendance illégitime que le nom de du Fouilloux s’est conserve jusque vers la fin du règne de Louis XIV. II est aujourd’hui complètement éteint.

Mien qu’il n’ait pas imite 1’apostasie de la plupart des gentilshommes poitevins de cette époque de la Reforme, On devine qu’avec des moeurs aussi légères, Jacques du Fouilloux dut être, pendant sa vie et peut-être a sa mort, un pauvre catholique.

Adonné avec passion au plaisir de la chasse, il en avait si bien étudie les ruses et pratique les stratagèmes. qu’il composa sur cet art un livre qui fait loi, Cinquante éditions de la Vénerie, des traductions dans presque toutes les langues de l’Europe, en out fait le manuel des disciples de saint Hubert. Ce livre est écrit avec une verve toute gauloise. L’auteur en fit hommage a Charles IX très habile chasseur lui-même, qui. en retour. nomma Jacques du Fouilloux intendant des chasses du Poitou, le 26 août 1571.

Venerie, par Jacques du FouillouxNous possédons une pièce sur parchemin, signée J. du Fouilloux. sous la date du 31 décembre 1572, par laquelle il substitue un de ses voisins et amis, Pierre Moysen. seigneur de la Guyonniere et le nomme son lieutenant « pour le fait des chasses ».

Jacques du Fouilloux mourut le 5 août 1580, age de soixante ans et dans son château du Fouilloux. comme ilparait par un codicille fait la surveille de sa mort. et dont nous possédons également la copie.

La famille des Fouilloux portait: pale d’argent et de sable six pièces, .a la fasce d’azur brochant sur le tout. L’auteur de la Vénerie est incontestablement une des célébrité poitevines et de plus une figure a la fois originale et sympathique. Il fut, dit M. de I.onguemar, un homme multiple. Tout a la fois chasseur infatigable, courtisan habile, élégante prosateur, poète et vert-galant. On trouve en lui un homme doue de qualités aimables, sur lesquelles toutefois d’impardonnables faibles ses out laisse bien des ombres

plus sur La Venerie

LA FONTAINE

LA fontaine de Bouille est, sans contredit, une des curiosités les plus saisissantes de la Vendée. M. Dugast-Matifeux en a public, dans Poitou et Vendée, page 2, une description fidèle. Nous ne pourrions mieux dire que ce savant écrivain. Visitant a notre tour cette fontaine célèbre, nous avons constate la scrupuleuse exactitude de la description que nous allons reproduite. La photographie qui accompagne ces notes a été faite en hiver, et les taches qui s’y remarquent sont produites par le limon qui remonte du fond a la surface, a certaines époques.

Après avoir dit que le poisson qui sort des ruisseaux et des pêcheries de Bouille jouit d’une réputation très méritée et que celui de la fontaine est préférable, l’auteur ajoute :

« Cette fontaine forme un petit étang, entoure de frais ombrages, et dont les bords peu profonds et couverts de plantes aquatiques n’offrent de remarquable que la limpidité de ronde; mais au milieu se trouve un rond-point, absolu-ment dégarni, que l’herbage dessine et contourné comme un cercle. Le roc calcaire est creuse en entonnoir extrême-ment pro fond,

 » Lorsqu’on s’y promène en bateau et que le ciel est éclaire, il offre a l’observateur une perspective des plus sai­sissantes. Grâce a la transparence extraordinaire de l’eau, qui permet de plonger jusqu’au fond du gouffre, on voit d’innombrables poissons nager et circuler; on les suit de l’oeil, on assiste a toutes leurs évolutions, comme s’ils ôtaient places devant soi, dans un vase immense de cristal: on distingue nettement leurs espèces, et , ce qui est encore plus singulier, leurs écailles se colorent des plus vives nuances d’or et d’argent , d’azur et d’émeraude. par la réfraction de la lumière, sur laquelle 1’eau produit l’effet du prisme. Le mirage est si parfait qu’on se croirait volontiers suspendu en l’air dans un ballon, plutôt que porte sur un étang, dans une nacelle. En voyant se blottir, dans la pelouse verdâtre du fond de la source, les êtres multicolores qui la peuplent et la sillonnent dans tous les sens, peu s’en faut qu’on ne les prenne pour des oiseaux qui, apres avoir longtemps voltige sous nos yeux, viennent enfin se poser a terre.

L’Absie, le 21 juin 1884

H. DROCHON,

Prêtre , Membre de la Société des Antiquaires de l’ouest.