Courdault Histoire

ANCIEN CHEF-LIEU DE COMMUNE

A 1,800 mètres de Bouillé, en bordure des rives ombreuses et poétiques du magnifique canal de Courdault, et du port de ce nom établi en 1841, se trouve l’important village de Courdault, autrefois chef-lieu d’une paroisse rattachée administrativement, le 24 Janvier 1790, au canton de Benet.

Bien que Courdault ait encore une chapelle de construction récente, e1evee sur les débris de l’ancienne église paroissiale, et ou l’on célèbre de temps a autre les offices, ce hameau est depuis la fin du siècle dernier annexe religieusement a Bouillé (d’où le nom de Bouillé-CourdauIt), et administrativement depuis le 6 décembre 1827, date a laquelle une ordonnance royale contresignée de Villele supprima Courdault en tant que commune.

La cure fondée en 828, sous le patronage de l’abée- de Saint-Cyprien de Poitiers, et reconstruite plusieurs fois, a disparu depuis la Révolution. La chapelle du prieure est depuis plusieurs siècles enfouie sous le sol du Marais, et son emplacement aurait été sans nul doute toujours ignore, si la charrue du laboureur n’était venue exhumer du sol, des supports de colonnes, et une quantité considérable de carreaux plats calcaires, formant le dallage de cet édifice religieux.

FONDATION DU PRIEURÉ DE COURDAULT

Le prieure de Courdault fut fonde en 1063, par un certain Airaud et sa femme, et enrichi plus tard de dons nombreux ainsi qu’en font foi notamment les deux chartes suivantes, dont nous devons le texte a l’obligeance de feu M. Mesnard, ancien maire de Bouille.

Ci-après la traduction française :

Airaud et sa femme ont cède aux moines do Saint-Cyprien pour construire une église dans l’hisbula ou ile qui est appelée Courdault:

La dime d’une moisson qui était a Durant Calen (?)

La dime de leurs propres vignes.

Le tiers de leur pêche.

Eu outre la moitie d’un pré — et de la terre pour faire des maisons aux moines et a leurs hommes pourvu qu’ils ne soient jamais au service de personne que des seuls moines.

Cydonius aussi et sa femme out donne la dime d’une moisson qui était a Coustin (?) et trois parties… (il manque ici un ou plusieurs mots) et quatre parts d’un petit clos qu’ils avaient a Motes (ou plutôt a Moues).

Reynaud aussi et Oda sa femme ont donne la dime d’une moisson qui était a Lambert et la dime de leurs vignes de Courdault, et un quartarion (environ le deux centième d’un arpent) du pré Entivert. Cette concession a été ratifiée par Ugo de Surgeres de qui ils entaient tenanciers. Et ceci se passa a l’époque ou le comte de Poitiers prit Barbaste pendant la vie de l’abbé Constantin.

1087-1115.

Rainufle de Nisis (?) et Godefroy son frère ont cède aux m???es de Saint-Cyprien, l’église de Courdault, et ce qui avait éte donné a leurs prédécesseurs a cette même église ou a l’endroit. ils ont cède en outre sur leur part, la dime entière du pain, du vin, des bestiaux, des laines, des celliers (ou greniers) du lin sur le dedans et sur le dehors et sur la terre d’Isambert de Cherval, — plus tout ce qui paraissait convenir aux moines ; plus : leurs coutumes sur les vignes et la terre d’Albert et qui se trouve entre les deux routes de Benet.

Ils out donné cette église P. étant évêque, et ont tout confirme entre ses mains. Étaient témoins : Wilhelm, Rodolphe, le doyen Wilhem, Girard de Saint-Michel, Albert, l’archiprêtre de Coulonges, Gauthier, Seriorino, le moine G. Humbert de Lescent, Andre Creccus do Saint-Cyr.

La chapelle du prieuré, dont nous avons, il y a quelques années fait mettre a jour une partie, devait être très inportante, a en juger par l’épaisseur des murs du transept, le long desquels se trouvaient accoles des sortes de sièges en calcaire plus ou moins dégrossis.

L’appareil employé dit petit appareil des anciens en pierres cubiques, et la maçonnerie nommée opus incertum, ainsi que la croix en pierre du pignon indiquent nettement une construc­tion romane du xi ou xii siècle.

Deux couvercles de tombeaux trouves dans le dallage représentaient une étole et deux épées entrecroises, symbole, croyons-nous, du pouvoir militaire et du pouvoir religieux que certains abées commendataires cumulaient, par suite d’abus auxquels les conciles tentèrent en vain de remédier. Cette hypothèse est d’autant plus vraisemblable que pendant long-temps les évêques de Poitiers furent en même temps que princes de 1’église, barons puissants de l’ouest de la France, en tant que successeurs de l’ancien défenseur laïque de la cite,.

Du reste, nous savons par l’histoire que les évêques et les hauts dignitaires de d’église, jouèrent un rôle très actif dans les événements politiques du moyen-age ; rien d’étonnant alors que le prieur de Courdault ou bien l’abée de Saint-Cyprien, cumulât lui aussi diverses fonctions.

Nous avons dit plus haut que la chapelle du prieure de Courdault, sise dans le tènement bien significatif de La Vieille Église, a du être importante.

Aux motifs déjà allègues, nous en donnerons un autre très probant.

Le dallage d’une partie de cet édifice a été suffisant pour établir non loin de la les fondations de la maison d’un fermier, mesurant 20 mitres de longueur environ sur 9 mètres de largeur. Ces fondations reposant sur le bry, avaient 2m33 de profondeur sur 1m33 de largeur.

Tout autour de cette chapelle qui occupait le centre d’un assez vaste terrain entoure par l’Autise et des canaux, on découvre des substructions de murs anciens sur une grande étendue, et des dépôts de cendres dont l’épaisseur varie de 0m30 a 0ra35 sous des profondeurs ?? considérables de terre végétale, et dont le champ de gisement est assez ma! de1imite.

Pourtant en certains points, ces dépôts revêtent la forme circulaire qu’affectaient les habitations lacustres, dont des vestiges assez nombreux existent encore dans cette région du département. Un de ces dépôts de cendres recouvrait a environ 4m25 de profondeur une sorte de four dont 1’aire presque circulaire mesurait 4m de diamètre. Cette aire pressentait une petite convexité, et son épaisseur de 10 centimètres se composait par portion a peu prés égale, d’une couche en mortier grossier forme de sable et de chaux, recouverte d’une couche d’argile qui semblait avoir ete cuite sur place. La chaleur developpee avait été si intense, que des morceaux de calcaire en-contact avec cette aire, avaient a s’y méprendre, la teinte de 1’argile cuite. A c6te de cette aire, nous avons trouve :

1: Une pièce d’argent, au nom de Charlemagne, frappée a Melle. — 2° Un fragment d’arme compietement oxyde. — 3° Deux sortes d’amulettes celtiques ou gauloises. — Nos aieux avaient comme nous besoin de quelque chose pour vivre : tant il est vrai que le desenchantement de lout serait la mort.

D’autres dépôts de cendres renfermaient d’énormes dents de carnivores, et des fragments considérables de vases. Ces récipients, dont un a pu être reconstitue, nous paraissent remonter a l’époque gallo-romaine. A en juger par les débris nombreux que nous possédons, quelques-uns très anciens, places a cote des amulettes dont nous avons parle plus haut, ont été façonnes a la main, d’autres a la tournette. L’argile sablonneuse dont ils sont composes, mêlée de quelques parcelles de charbon, nous parait avoir été généralement prise sur place. En général la cuisson en est imparfaite, et le feu de bois qui a servi a cuire ces vases leur a souvent laisse une teinte noirâtre a l’intérieur.

Non loin de la, on a trouve, reliant le prieure de Courdault a la terre ferme, une sorte de levée formée par des pieux do chêne espaces d’environ 4 pieds et places en quinconce. Entre ces pieux qui n’avaient conserve d’intactes que leurs extrémités inférieures, se trouvait une sorte d’argile et d???ry battus fortement pour former digue. Cette digue devait évidemment en temps de paix faire communiquer facilement la Plaine avec le Marais.

Au moment des invasions, une simple section dans cette levée suffisait pour isoler complètement de l’ennemi, les habitations construites sur cette sorte d’îlot élève de plusieurs mètres au-dessus des terrains environnants.

En rappelant tous ces faits, sur lesquels on pourrait s’entendre davantage, n’acquiert-on pas encore la preuve que depuis longtemps les régions situées aux confins de la Plaine et du Marais vendéen étaient habitées, — que les hommes de 1’époque glaciaire ont été remplaces par ceux de l’époque lacustre, bien plus tard par les Celtes ou Gaulois, ensuite par les Romains, et enfin par les Francs, qui tous forment entre eux les anneaux d’une même chaîne non interrompue de races se succédant les lines aux autres depuis des milliers d’années et dans les mêmes lieux: tant est puissante chez l’homme la force de l’habitude.